Eaux de surface au Maroc : 40 ans de transitions vus par Landsat | Kharita
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Eaux de surface au Maroc : 40 ans de transitions vus par Landsat
Où l’eau permanente ou saisonnière a-t-elle gagné, reculé ou changé de régime au Maroc entre 1984 et 2024 ? Lecture du raster JRC à 30 m.
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Entre une retenue de barrage remplie après sa mise en service, un lac qui
devient saisonnier et une sebkha observée seulement certaines années, le mot
« eau » recouvre des trajectoires très différentes. La couche Transitions
des eaux de surface — JRC Global Surface Water v1.5 résume ces trajectoires
sur tout le Maroc, à environ 30 mètres, entre 1984 et 2024.
Ce n’est pas une photographie de l’année 2024. Ce n’est pas non plus une pile
de 41 cartes annuelles. C’est une carte de synthèse : chaque pixel reçoit
une classe décrivant le passage entre absence d’eau, eau saisonnière et eau
permanente au cours de la période. Cette distinction est essentielle pour ne
pas transformer une carte de changement en inventaire actuel des lacs et des
barrages.
Le raster classe chaque pixel selon sa trajectoire hydrologique sur la période 1984–2024, et non selon son seul état en 2024.Kharita, d’après EC JRC/Google Global Surface Water v1.5
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Le jeu de données en quatre repères
Période observée
41
Résolution nominale (m)
30
Classes de transition
10
Tuiles sources assemblées
4
EC JRC/Google Global Surface Water v1.5 ; contrôle et analyse Kharita
Ce que mesure réellement la couche
Le programme Global Surface Water du Centre commun de recherche de la
Commission européenne, ou JRC, exploite l’archive Landsat pour détecter la
présence d’eau libre à la surface. La version 1.5 publiée en 2026 étend les
produits agrégés jusqu’à 2024. Le produit « transitions » compare la première
et la dernière situation représentatives et distingue dix trajectoires.
Valeur
Classe
Lecture du pixel
1
Eau permanente stable
eau observée toute l’année dans les états de référence
2
Nouvelle eau permanente
passage d’une situation sans eau à une eau permanente
نقاش
التعليقات
3
Perte d’eau permanente
disparition d’une eau auparavant permanente
4
Eau saisonnière stable
eau présente une partie de l’année dans les états de référence
5
Nouvelle eau saisonnière
apparition d’un régime saisonnier
6
Perte d’eau saisonnière
disparition d’une eau auparavant saisonnière
7
Saisonnière vers permanente
présence d’eau devenue permanente
8
Permanente vers saisonnière
présence d’eau devenue intermittente
9
Eau permanente éphémère
apparition puis disparition d’une eau permanente pendant la période
10
Eau saisonnière éphémère
apparition puis disparition d’une eau saisonnière pendant la période
La valeur 0 correspond au fond « pas d’eau » et 255 à l’absence de
donnée. Il faut conserver ces codes comme des catégories. Calculer une moyenne,
interpoler entre les classes ou appliquer un dégradé continu n’aurait aucun
sens hydrologique.
Pourquoi un seul COG couvre 1984–2024
Une question revient souvent : pourquoi n’y a-t-il pas un fichier pour 1984,
un autre pour 1985, puis ainsi de suite ? Parce que cette couche répond à une
question différente. Elle encode le type de transition sur l’ensemble de la
période dans un seul octet par pixel. La valeur 8, par exemple, signifie
« permanente vers saisonnière » ; elle ne signifie ni 8 années d’eau ni août.
Pour savoir quand un changement s’est produit, il faut utiliser la série
JRC Yearly History ou l’historique mensuel. La carte de transitions sert à
repérer les lieux qui méritent une analyse temporelle détaillée ; elle ne
remplace pas cet historique.
Cette architecture est utile en pratique : un seul COG national permet de
filtrer rapidement les gains, les pertes et les changements de régime sans
charger plusieurs dizaines de rasters. En revanche, il faut revenir aux séries
annuelles pour relier un pixel à une année de remplissage, une sécheresse ou un
événement de gestion hydraulique.
Ce que montre le calcul national
Kharita a compté les pixels à leur résolution native et calculé leur surface
sur l’ellipsoïde WGS 84, ligne par ligne. Cette pondération géodésique évite
l’erreur qui consisterait à multiplier tous les pixels d’une grille en degrés
par une aire constante de 900 m².
Surface des pixels classés par transition
En km²
Calcul Kharita sur le COG national JRC v1.5 à sa résolution native
▸ Voir les données
Eau saisonnière éphémère
975,794
Nouvelle eau saisonnière
398,359
Nouvelle eau permanente
226,829
Eau permanente stable
203,479
Eau permanente éphémère
153,397
Perte d’eau saisonnière
100,395
Perte d’eau permanente
57,37
Eau saisonnière stable
57,206
Permanente vers saisonnière
42,491
Saisonnière vers permanente
23,66
Au total, environ 2 239 km² de pixels appartiennent à l’une des dix classes
hydrologiques dans l’emprise nationale. Ce chiffre ne représente surtout pas
« la surface en eau du Maroc en 2024 ». Il additionne des pixels permanents,
saisonniers, perdus, nouveaux ou éphémères observés à différents moments de 41
années d’archive.
La classe dominante est l’eau saisonnière éphémère, avec environ 976 km².
Ce résultat est cohérent avec un territoire où les retenues temporaires, zones
humides, sebkhas, oueds et surfaces inondées réagissent fortement aux saisons
et aux années humides. Mais la carte seule ne permet pas d’attribuer cette
variabilité au climat, à un barrage, à l’irrigation ou à un changement
d’occupation du sol. Une explication causale exige des données complémentaires
et une vérification locale.
Trois analyses pertinentes au Maroc
Repérer les changements autour des barrages
Les classes « nouvelle eau permanente » et « saisonnière vers permanente »
peuvent signaler le remplissage d’une retenue. Une méthode solide consiste à
croiser la couche avec les emprises de barrages, puis à consulter l’historique
annuel pour dater l’apparition. Il faut également vérifier l’effet du niveau de
remplissage : une retenue existante peut passer de permanente à saisonnière
sans que l’ouvrage ait disparu.
Suivre les zones humides et plans d’eau intermittents
Les classes saisonnières et éphémères permettent de sélectionner des espaces
où l’eau varie fortement. Elles peuvent guider une étude écologique ou une
campagne de terrain, mais ne décrivent ni la salinité, ni la profondeur, ni la
qualité de l’eau. Dans les milieux très plats, un déplacement de quelques
pixels peut aussi correspondre à une variation du rivage plutôt qu’à la perte
complète du plan d’eau.
Construire un diagnostic de sécheresse sans raccourci
La perte d’eau permanente ou le passage de permanente à saisonnière sont des
signaux importants, pas une preuve isolée de sécheresse. Pour un diagnostic,
il faut confronter les dates aux précipitations, à l’humidité du sol, à
l’évaporation, aux prélèvements et aux règles de gestion des retenues. La carte
JRC répond d’abord à « où le régime de l’eau a-t-il changé ? », pas à « pourquoi
a-t-il changé ? ».
Utiliser le raster dans QGIS
Ajoutez le COG à QGIS comme couche raster.
Dans les propriétés de symbologie, choisissez Palette / valeurs uniques.
Conservez les valeurs entières 1 à 10 et leurs libellés ; rendez la valeur 0
transparente si vous souhaitez ne voir que les surfaces liées à l’eau.
Utilisez le rééchantillonnage plus proche voisin. Un rééchantillonnage
bilinéaire créerait des valeurs intermédiaires qui n’existent pas.
Pour extraire une classe, utilisez la calculatrice raster, par exemple
transition@1 = 3 pour les pertes d’eau permanente.
Pour calculer des surfaces, reprojetez le masque obtenu dans un système
métrique adapté à la zone d’étude ou utilisez une méthode géodésique.
Pour une comparaison régionale, ne comptez pas seulement les pixels. Une
province plus grande aura mécaniquement plus de surface. Rapportez les classes
à la superficie du territoire, à l’étendue maximale en eau ou à la surface du
bassin versant selon la question étudiée.
Qualité du COG préparé pour le Maroc
Le fichier national a été construit à partir de quatre tuiles officielles de
10° × 10°, contrôlées par somme MD5, puis découpées avec une emprise nationale
continue incluant les régions du Sud. Les valeurs catégorielles ont été
préservées sans interpolation. Le fichier final est en WGS 84, comporte des
tuiles internes et sept niveaux d’aperçu.
Des contrôles de lecture ont été effectués du nord au sud, notamment à
Chefchaouen, Marrakech, Laâyoune, Smara et Aousserd. Un pixel valide de valeur
0 dans une zone sèche signifie « pas d’eau », pas « donnée manquante ».
Propriété
Valeur
Producteur
Commission européenne, Joint Research Centre
Produit
Global Surface Water v1.5 — Transitions
Période
1984–2024
Capteur principal
Landsat
Résolution nominale
30 m
Type de pixel
entier non signé, classe catégorielle
Projection
WGS 84 — EPSG:4326
Valeur NoData
255
Couverture préparée
Maroc entier, régions du Sud incluses
Attribution cartographique
Source: EC JRC/Google
Limites à connaître avant de conclure
La détection repose sur des observations optiques Landsat. Les nuages, les
ombres, la fréquence d’acquisition et la végétation dense peuvent réduire la
capacité à observer l’eau. Un pixel de 30 m peut mélanger berge, sol et eau ;
les très petits canaux ou mares sont donc difficiles à détecter.
La mise à jour 2024 combine Landsat Collection 1 jusqu’en 2021 et Collection 2
pour la suite. Le JRC signale un décalage résiduel de co-enregistrement,
généralement inférieur à un pixel mais pouvant atteindre ou dépasser 30 m dans
certaines scènes. Les changements très fins le long d’une rive doivent donc
être interprétés avec prudence et contrôlés sur l’imagerie.
Enfin, une classe « stable » décrit la comparaison synthétique utilisée par le
produit. Elle ne garantit pas que le pixel soit resté identique pendant chacune
des 41 années. Les profils annuels ou mensuels restent indispensables pour
reconstituer la chronologie.