Migration au Maroc : ce que révèle le RGPH 2024 commune par commune | Kharita
AnalyseFrançais··10 min de lecture·Par Kharita
Migration au Maroc : ce que révèle le RGPH 2024 commune par commune
Une lecture cartographique des entrées, sorties et migrations internationales dans les 1 503 communes du Maroc, avec méthodes, limites et usages territoriaux.
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La mobilité ne se résume pas à une flèche entre deux villes. Elle transforme la demande de logement, la pression sur les transports, l’accès aux écoles et aux soins, mais aussi la manière dont une commune doit planifier ses équipements. Le RGPH 2024 permet désormais d’observer ces mouvements à une échelle rarement disponible publiquement : les 1 503 communes du Maroc.
Cette lecture communale est plus précise qu’un classement régional. Elle révèle des communes résidentielles en forte attraction, des centres urbains où les volumes restent dominants, et des territoires peu peuplés où un indice élevé peut reposer sur un effectif limité. C’est précisément pour cette raison qu’il faut lire ensemble les nombres absolus et les indices.
Indice d’entrées sur cinq ans par commune. Les classes sont des quantiles : elles répartissent les 1 503 communes en groupes de taille comparable, mais ne transforment pas l’indice en taux de croissance.Haut-Commissariat au Plan, RGPH 2024 · traitement Kharita
Ce que contient réellement la donnée
Le tableau officiel du Haut-Commissariat au Plan distingue plusieurs horizons d’observation : la mobilité au cours de la vie, les dix années précédant le recensement et les cinq années précédant le recensement. Il fournit notamment les entrées, les sorties, les populations de référence et des indices calculés par le HCP. Une variable séparée recense les migrants internationaux.
Le jeu préparé pour Kharita conserve ces mesures au niveau communal et les associe à la région et à la province. Il ne réduit donc pas la migration à un unique chiffre. Cette structure permet de répondre à des questions différentes :
quelles communes attirent beaucoup de nouveaux résidents en volume ;
où les entrées pèsent fortement relativement à la population de référence ;
quels territoires cumulent entrées importantes et sorties importantes ;
où se concentrent les migrants internationaux recensés ;
comment les profils communaux diffèrent à l’intérieur d’une même région.
Discussion
Commentaires
1 503
communes couvertes par le tableau HCP et jointes à la géographie communale
Source : HCP, RGPH 2024 ; contrôle de jointure Kharita.
La jointure a été vérifiée sur les 1 503 lignes communales : aucune commune du tableau statistique n’est restée sans géométrie. Les sommes nationales des champs publiés sont également conservées après la jointure.
Entrées, sorties, indice : trois notions à ne pas confondre
Une entrée désigne une personne résidant dans la commune au moment du recensement et dont la résidence antérieure, selon la période considérée, se situait ailleurs. Une sortie repose sur une logique symétrique vue depuis la commune d’origine. L’indice rapporte un mouvement à une population de référence définie par le HCP.
Ces trois grandeurs ne sont pas interchangeables. Une grande ville peut enregistrer beaucoup d’entrées simplement parce que sa population est élevée. À l’inverse, une commune moins peuplée peut présenter un indice très fort avec un volume beaucoup plus réduit.
À l’échelle nationale, le tableau contient 5 289 439 entrées sur cinq ans, 4 670 345 sorties sur cinq ans et 604 815 migrants internationaux recensés. Ces totaux décrivent les champs du fichier officiel ; ils ne doivent pas être additionnés entre eux, car ils ne mesurent pas le même phénomène.
Trois ordres de grandeur du tableau communal
Entrées sur 5 ans
5 289 439
Sorties sur 5 ans
4 670 345
Migrants internationaux
604 815
HCP, RGPH 2024 · agrégation contrôlée par Kharita
Les grands pôles concentrent les volumes
Lorsque l’on additionne le nombre de migrants internationaux recensés par région, Casablanca–Settat arrive nettement en tête, devant Rabat–Salé–Kénitra. Ce résultat est cohérent avec le poids démographique et économique des deux ensembles métropolitains, mais il ne suffit pas à conclure qu’ils sont « plus attractifs » en proportion : le graphique montre des volumes, pas des taux.
Migrants internationaux recensés par région
En personnes
HCP, RGPH 2024 · somme des valeurs communales
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Casablanca - Settat
192 924
Rabat - Salé - Kénitra
112 367
Tanger - Tétouan - Al Hoceima
57 693
Marrakech - Safi
54 805
Fès - Meknès
45 789
Souss - Massa
45 407
Oriental
44 916
Beni-Mellal - Khénifra
26 823
Dakhla - Oued Ed-Dahab
7 985
Drâa - Tafilalet
6 465
Laâyoune - Sakia-El-Hamra
5 092
Guelmim - Oued-Noun
4 549
Le niveau communal précise cette géographie. Les plus grands nombres de migrants internationaux se trouvent à Casablanca, Rabat, Marrakech, Tanger, Salé, Oujda, Agadir, Fès, Kénitra et Témara. Ce sont des lieux où se combinent taille de population, fonctions administratives, universités, activités économiques, mobilité professionnelle et réseaux de transport. Le fichier décrit la concentration ; il ne permet pas, à lui seul, d’attribuer une cause à chaque mouvement.
Pourquoi la carte des indices raconte une autre histoire
La carte de couverture utilise l’indice d’entrées sur cinq ans, et non le nombre brut d’entrées. Les classes ont été calculées par quantiles. Un sixième des communes environ appartient à chaque couleur, ce qui rend visibles les contrastes nationaux sans laisser quelques valeurs extrêmes absorber toute la palette.
La moyenne simple des indices communaux est élevée dans certaines régions méridionales. Il faut toutefois résister à une lecture trop rapide : une moyenne non pondérée donne le même poids à une petite commune et à une métropole. Un indice très élevé peut aussi résulter d’une population de référence réduite. Les cartes d’indices sont excellentes pour repérer des cas à étudier ; les volumes restent indispensables pour mesurer leur poids réel.
Parmi les communes présentant les indices d’entrées sur cinq ans les plus élevés figurent El Argoub, Ait Ouallal, Sidi Hajjaj Oued Hassar, Bir Anzarane, Ouled Salah, Tanger, Ain Attig et Skhirate. Mais les situations sont très différentes : Gleibat El Foula atteint un indice élevé avec seulement quelques entrées, tandis que Tanger combine un indice élevé avec plusieurs centaines de milliers d’entrées déclarées dans le champ correspondant.
Ce que les entrées sur cinq ans montrent à l’échelle régionale
En volume, Casablanca–Settat rassemble plus de 1,4 million d’entrées dans le champ quinquennal. Rabat–Salé–Kénitra approche 943 000, puis viennent Tanger–Tétouan–Al Hoceima, Fès–Meknès et Marrakech–Safi. Ces nombres reflètent en partie la taille des régions et leur structure urbaine.
Entrées et sorties recensées sur cinq ans par région
HCP, RGPH 2024 · sommes des valeurs communales
▸ Voir les données
Entrées sur 5 ans (personnes)
Sorties sur 5 ans (personnes)
Casablanca - Settat
1 402 353
1 155 388
Rabat - Salé - Kénitra
942 702
859 744
Tanger - Tétouan - Al Hoceima
760 382
367 812
Fès - Meknès
649 964
616 710
Marrakech - Safi
604 626
618 541
Souss - Massa
353 093
307 701
Oriental
172 592
179 524
Beni-Mellal - Khénifra
161 352
235 969
Drâa - Tafilalet
113 719
220 561
Laâyoune - Sakia-El-Hamra
48 387
39 477
Guelmim - Oued-Noun
40 190
54 395
Dakhla - Oued Ed-Dahab
40 079
14 523
Cette hiérarchie ne constitue pas un palmarès de qualité de vie. Une entrée peut correspondre à un déménagement de proximité, à une décohabitation, à une mobilité familiale, à des études ou à un emploi. Les motifs ne sont pas contenus dans cette couche agrégée.
Cinq usages concrets pour l’aménagement
Dimensionner les équipements publics
Une commune recevant rapidement de nouveaux habitants peut voir évoluer la demande scolaire, sanitaire ou administrative avant que les infrastructures ne suivent. Le croisement avec les établissements scolaires publics et les structures de soins primaires permet de repérer les territoires où la pression potentielle mérite une enquête plus fine.
Comprendre l’expansion métropolitaine
Les communes périphériques de Casablanca, Rabat, Tanger ou Marrakech peuvent afficher des profils différents de la ville-centre. Une analyse communale rend visibles les reports résidentiels que masque une moyenne provinciale. Elle peut être enrichie par l’occupation du sol et les surfaces bâties pour distinguer mobilité résidentielle et extension physique.
Étudier l’accès à l’emploi et aux transports
Comparer les mouvements résidentiels avec la localisation des pôles d’emploi, des zones industrielles, des gares et des axes routiers aide à formuler des hypothèses sur les déplacements domicile-travail. La couche ne prouve pas ces relations : elle sert à sélectionner des territoires, puis à tester les hypothèses avec des données de mobilité quotidienne.
Identifier des territoires à forte rotation
Une commune peut cumuler entrées et sorties élevées. La qualifier uniquement d’« attractive » serait trompeur. Ce profil peut signaler une forte rotation résidentielle, une fonction universitaire, un marché locatif mobile ou une transformation urbaine. Là encore, le diagnostic exige des variables complémentaires.
Construire des indicateurs de suivi
Le RGPH fournit une photographie robuste, mais espacée dans le temps. Pour un observatoire territorial, il peut constituer une référence à compléter par les permis de construire, les nouveaux branchements aux réseaux, les créations d’entreprises ou les inscriptions scolaires, lorsque ces données deviennent accessibles.
Comment exploiter la couche dans QGIS
La couche peut être téléchargée en GeoPackage, GeoJSON, Shapefile, KML ou CSV. Pour une analyse fiable dans QGIS :
utilisez le GeoPackage, qui préserve mieux les noms de champs et l’encodage ;
symbolisez d’abord idx_ent_5 avec une rampe séquentielle ;
dupliquez la couche et cartographiez entrees_5 avec des symboles proportionnels ;
affichez dans l’infobulle les entrées, sorties et indices des périodes de cinq et dix ans ;
joignez les indicateurs de population ou d’équipement au moyen du code communal ;
reprojetez dans un système métrique avant de calculer des distances ou des surfaces.
Une carte bivariée peut ensuite combiner un indice d’entrées élevé et un grand volume d’entrées. Elle est plus informative qu’une carte unique, à condition de rester lisible et de documenter les seuils.
›Champs essentiels de la couche
code : code de la commune utilisé pour la jointure ;
commune, province, region : rattachements territoriaux ;
entrees_5, sorties_5 : mouvements sur cinq ans ;
idx_ent_5, idx_sort_5 : indices correspondants du HCP ;
entrees_10, sorties_10 et leurs indices : horizon décennal ;
entrees_vie, sorties_vie et leurs indices : mobilité au cours de la vie ;
migr_internat : migrants internationaux recensés.
Limites à garder en tête
Le recensement décrit une situation déclarée à une date donnée. Il ne suit pas les personnes au jour le jour et ne remplace pas un registre longitudinal. Les flux sont agrégés par commune : on ne connaît pas toutes les origines et destinations dans cette couche. Les résultats sont sensibles à la taille des unités administratives et aux définitions des périodes.
La géométrie communale sert à cartographier les indicateurs ; elle ne modifie pas les valeurs du HCP. Pour une comparaison historique, il faudra aussi contrôler les changements de limites et de codes entre millésimes.
Enfin, une corrélation spatiale n’est pas une causalité. Une commune où les entrées et les constructions augmentent simultanément mérite une analyse, mais la carte ne démontre pas que l’un cause l’autre.
Une nouvelle base pour lire les dynamiques territoriales
Le principal intérêt du RGPH 2024 n’est pas de produire un classement spectaculaire. Il est de fournir une base cohérente pour relier les mobilités résidentielles aux transformations concrètes du territoire : urbanisation, besoins en équipements, accès à l’emploi et évolution des services publics.
À l’échelle communale, le Maroc apparaît moins comme un ensemble de régions homogènes que comme un réseau de pôles, de périphéries et de trajectoires locales. La couche permet de commencer cette analyse avec des chiffres vérifiables, tout en conservant les précautions méthodologiques nécessaires.