Le Maroc la nuit : les lumières VIIRS de 2013 à 2025
Ce que les lumières nocturnes VIIRS révèlent du Maroc, comment lire la radiance et pourquoi elle ne mesure directement ni population ni économie.
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À la nuit tombée, le territoire ne disparaît pas : les villes, les routes, les ports, les zones industrielles et certains sites isolés dessinent une autre géographie du Maroc. La série annuelle VIIRS 2013–2025 transforme ce signal lumineux en radiance mesurable, à environ 500 mètres de résolution.
Cette donnée est précieuse, mais facile à surinterpréter. Elle montre de la lumière détectée depuis l’espace — pas directement des habitants, des kilowattheures ou du PIB.
Ce que voit le capteur VIIRS
Le capteur Day/Night Band de VIIRS mesure une partie de la lumière visible et proche infrarouge émise ou réfléchie la nuit. L’Earth Observation Group de la Colorado School of Mines construit ensuite des composites annuels à partir d’observations sans lumière solaire, sans lumière lunaire et sans nuages.1
La bande publiée ici est average_masked : une radiance annuelle moyenne dont le fond a été filtré. Le traitement élimine aussi une grande partie des valeurs éphémères et aberrantes, mais il ne transforme pas l’image en carte parfaite de l’éclairage public.
Propriété
Valeur
Producteur
Earth Observation Group, Colorado School of Mines
Capteur
VIIRS Day/Night Band
Produit
Annual VNL V2.1 pour 2013–2021, V2.2 pour 2022–2025
Bande
average_masked
Période
une image complète par année, 2013–2025
Résolution
15 secondes d’arc, environ 464 à 500 m
Unité
nW/cm²/sr
Licence
domaine public, sans restriction d’usage ou de distribution
Le Maroc en 2013 et en 2025
Discussion
Comments
Même masque, même résolution et même étirement pour 2013 et 2025. Les foyers lumineux peuvent être comparés visuellement, sans confondre radiance et population.
Analyse Kharita à partir des composites annuels VIIRS de l’Earth Observation Group
La façade atlantique et les grands pôles du nord concentrent une part visible du signal, mais la série montre aussi des points et corridors lumineux dans l’intérieur et les provinces du Sud. Cette géographie n’est pas celle d’une simple densité de population : des installations fortement éclairées peuvent dominer leur voisinage, tandis qu’un habitat peu éclairé reste discret.
Pour résumer la série sans donner davantage de poids aux cellules du nord qu’à celles du sud, la moyenne suivante est pondérée par la surface approximative des pixels selon la latitude. Le masque national et le dénominateur restent constants sur les treize années.
Radiance nocturne moyenne pondérée au Maroc, 2013–2025
En nW/cm²/sr
Calcul Kharita sur les composites VIIRS Annual VNL, bande average_masked
▸ Voir les données
2013
0,205
2014
0,218
2015
0,232
2016
0,244
2017
0,275
2018
0,271
2019
0,291
2020
0,293
2021
0,295
2022
0,297
2023
0,327
2024
0,332
2025
0,353
La moyenne pondérée passe d’environ 0,205 à 0,353 nW/cm²/sr entre 2013 et 2025. C’est une évolution descriptive du produit sur un masque constant. Elle ne prouve pas, à elle seule, une hausse équivalente de l’électrification ou de l’activité économique. La transition entre les collections V2.1 et V2.2, le nombre d’observations sans nuages et la distribution de quelques sources très lumineuses peuvent aussi influer sur la série.
Comment le paquet national a été construit
Chaque année a été extraite à la grille native de 15 secondes d’arc, sans agrégation à 1 km. Les tuiles ont été assemblées puis découpées par un polygone national unique couvrant l’ensemble du Maroc, provinces du Sud incluses. La géométrie ne contient aucune frontière intérieure Maroc/Sahara.
Les treize fichiers ont ensuite été convertis en Cloud Optimized GeoTIFF avec aperçus internes. Le contrôle automatisé vérifie pour chaque année : EPSG:4326, une seule bande Float32, la valeur NoData, la structure COG, la présence de tous les pixels à l’intérieur du masque et l’absence de valeurs au-delà du contour national.
›Pourquoi l’étirement de la carte s’arrête autour de 40
Quelques sites très lumineux dépassent 200 nW/cm²/sr. Utiliser le minimum et le maximum absolus écraserait presque toute la carte dans les couleurs sombres. L’étirement commun 0–40,56 préserve les contrastes utiles tout en laissant les valeurs extrêmes dans la couleur supérieure. Les pixels ne sont pas tronqués dans le fichier : seul l’affichage est plafonné.
Quelles analyses sont réellement utiles ?
Suivre l’extension des zones éclairées
Une différence entre deux années peut faire apparaître de nouveaux corridors, des extensions périphériques ou des installations récentes. Il vaut mieux exiger un signal persistant sur plusieurs années qu’interpréter un seul changement annuel.
Croiser lumière, bâti et population
VIIRS devient beaucoup plus informatif lorsqu’il est combiné avec une grille de surface bâtie et une grille de population. Trois situations différentes peuvent alors être distinguées : bâti et population avec forte radiance ; bâti dense mais radiance modérée ; forte radiance dans une zone faiblement peuplée, souvent liée à une activité spécifique.
Repérer des zones à examiner, pas établir un diagnostic
La couche peut orienter une enquête sur l’accès à l’éclairage, l’activité nocturne ou la croissance urbaine. Elle ne suffit pas à mesurer la qualité du service électrique. Une zone sombre peut être peu habitée, peu éclairée, masquée par les conditions d’observation ou située sous le seuil de fond du produit.
Utilisation dans QGIS
Chargez plusieurs années et imposez-leur le même dégradé et les mêmes bornes. Pour une carte nationale, Inferno fonctionne bien sur fond sombre. Évitez un étirement automatique indépendant par couche : il peut faire paraître deux années identiques alors que leurs niveaux diffèrent.
Pour cartographier un changement, soustrayez deux rasters alignés. Une palette divergente centrée sur zéro séparera les baisses et les hausses. Avant de conclure, vérifiez les images voisines dans le temps et, si l’étude l’exige, la bande de couverture sans nuages cf_cvg du produit source.
Limites à garder visibles
La radiance dépend de l’orientation des luminaires, de l’atmosphère, des nuages, de la réflexion du sol et du nombre d’observations retenues. Les feux, les torchères et certaines activités maritimes peuvent produire des signaux que le filtrage ne supprime pas entièrement. À l’inverse, une source masquée ou intermittente peut être sous-représentée.
La relation entre lumière nocturne et activité humaine est réelle dans de nombreux travaux, mais elle varie selon les territoires et les usages. Une corrélation nationale ne doit pas être transformée en estimation locale automatique. Pour une décision publique ou une étude scientifique, documentez le seuil, la période, la version du produit et les variables de contrôle.
Sources
Le catalogue Earth Engine décrit la construction des composites, les bandes, la résolution et les conditions d’utilisation du produit V2.2.1 L’Earth Observation Group publie les produits annuels VIIRS et leur documentation.2 La méthode de constitution de la série annuelle a également fait l’objet d’un article scientifique évalué par les pairs.3